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Couëron, 1975-1976 : quand les femmes prirent la colère

Le 17 juin 1976, douze femmes s’assoient dans le box des accusés du Tribunal de Saint-Nazaire. Leur crime : avoir séquestré le directeur de l’usine Tréfimétaux (Couëron) l’année précédente.

 

En février 1975, les salariés se réunissent à l’appel de la CGT (seul syndicat ouvrier présent dans l’entreprise) et rédigent un cahier de revendications. Celles-ci concernent aussi bien les salaires et primes que les possibilités de partir plus tôt en retraite ou d’éviter le travail de nuit. Si la direction veut bien négocier sur les augmentations de salaires, elle n’entend pas discuter des autres points. Son intransigeance pousse les salariés à se lancer dans un mouvement de grève dont ils ne pouvaient se douter qu’il marquerait l’histoire sociale locale.

 

Pour contrer ce mouvement très largement suivi, la direction met la survie de l’usine dans la balance et, en avril 1975, adresse un courrier au domicile de tous les salariés, comptant sur leur « bon sens » pour que cesse le mouvement. La démarche est classique et fut déjà utilisée en 1955 lors du grand conflit de la métallurgie de Loire-Atlantique : il faut provoquer de la discorde au sein des familles, faire que l’épouse (la « ministre des Finances » de la famille, celle qui fait les courses et doit gérer le budget) pousse à la reprise du travail.

 

En riposte, la CGT invite toutes les femmes de travailleurs de l’usine à se rassembler devant les grilles de l’usine et à exiger d’être reçues par la direction. Refus de celle-ci. Qu’à cela ne tienne, elles s’imposent dans son bureau : « Il nous a écrit ? Maintenant, il n’a qu’à nous écouter ! » Elles ne le « libèreront » qu’en fin de journée après de longues discussions entre grévistes…

 

Un an plus tard, douze d’entre elles se retrouvent dans le box, accusées de « séquestration ». Dehors, des milliers de travailleurs de tout le département ont défilé dans les rues de la sous-préfecture en soutien et attendent... pas longtemps ! En effet, le procès ne dure qu’une poignée de minutes : grâce à un opportun vice de procédure, il est annulé. Les douze « femmes qui prirent la colère » ressortent libres du tribunal sous les acclamations de la foule.

 

Sources :

 

Association Une tour, une histoire, L’usine » 1975-1976 : la grève – Quand les femmes ont pris la colère, UTUH, sd.

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 1er septembre 2017.

 

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