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    02 40 08 22 04
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1919 : un 1er mai sous tension

La Révolution est à notre porte. Qu’importe si elle a été vaincue en Allemagne par une alliance de la droite et des socialistes modérés, l’espoir d’un changement radical, définitif est dans bien des têtes ; du moins dans celles de nombreux syndicalistes qui entendent en finir avec l’Union sacrée en relançant la lutte des classes. Le 1er-Mai 1919 prend alors une autre dimension…

 

Le gouvernement Clemenceau le sait : d’un côté, il ne relâche pas la censure et appelle les préfets à surveiller de près ceux qui diffusent « des propos alarmistes et défaitistes » ; de l’autre, il fait adopter en avril 1919 la fameuse loi sur la journée de huit heures, historique revendication portée chaque 1er-Mai depuis trois décennies par le mouvement ouvrier international. Cette concession est-elle de nature à démobiliser la classe ouvrière à la veille du 1er-Mai ? Non. A Nantes, c’est dans le calme qu’une foule impressionnante bat le pavé. Le chômage est total dans les administrations, les ateliers, les chantiers, les hôtels, les restaurants ; les tramways ne circulent pas. Bannières et pancartes sont de sorties : « On les aura les huit heures – Vive l’Internationale ! » ; « Liberté de réunion ! » ; « Le prolétariat en marche à la conquête des idées de Jaurès ! » ; « Contre l’intervention en Russie ! » ; « Démobilisez ! » ; « Amnistie générale ! » ; « La paix immédiate ! »…

 

Ils sont environ douze mille à parcourir les rues du centre-ville pour se rendre sur le cours Saint-André, lieu de la dislocation. Puis, sans le moindre incident, « les groupes regagnent leurs sièges en chantant L’Internationale » (L’Ouest-Eclair).

 

À Saint-Nazaire, deux mille cinq cents personnes ont « fredonné » également L’Internationale, si l’on en croit le commissaire, dont un groupe d’employés des postes ayant bravé les directives ministérielles. Le chômage fut général à Basse-Indre, La Montagne ou encore Indret, mais très partiel à Châteaubriant où seuls cheminots et postiers croisèrent les bras. Sans doute soulagé, le préfet de Loire-Inférieure peut télégraphier le lendemain au ministre de l’Intérieur ces quelques mots : « Chômage dans toutes les industries. Manifestations dans le calme.»

 

Un calme que n’a pas connu Paris où la manifestation avait été interdite par le « premier flic de France ». Là, des affrontements violents ont opposé manifestants et forces de l’ordre, faisant deux morts et sept cents blessés. Assurément, l’Union sacrée n’est plus.

 

 

Source :

 

Michel Tacet, "Debout, camarades !" Les 1er-Mai en Loire-Atlantique (1890-2002), Editions du CHT, 2018.

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 14 mai 2019.

 

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