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Naissance de l'UD CGT-Force ouvrière en Maine-et-Loire

Dans l’histoire de la scission de la CGT et de la naissance de la CGT-Force ouvrière en 1947-1948, le Maine-et-Loire fait figure de cas particulier. À l’inverse du rapport de force au sein de la confédération où les cégétistes « communistes » sont majoritaires, ici, les militants non communistes[1] dominent l’Union départementale ; et c’est d’ailleurs l’un d’eux, Raymond Patoux (ici, en 1960, lors d'une réunion syndicale de postiers), résistant, membre du Comité départemental de Libération au titre de la CGT clandestine, socialiste de culture libertaire, qui est mandaté par un secrétaire confédéral réformiste pour prendre en main et assurer la réorganisation de l’UD CGT du Maine-et-Loire à partir de la mi-août 1944.

 

En 1946-1947, les débats, houleux, font émerger de profonds différends à tous les échelons syndicaux à propos du recours à la grève (que certains jugent trop souvent « politique ») ou l’attitude à adopter face au Plan Marshall (que les communistes dénoncent avec force). Rapidement, ceux qui contestent la « mainmise » du Parti communiste tentent de s’organiser en comités d’action syndicaliste (CAS). C’est le cas des postiers du Maine-et-Loire, bientôt suivi par les cheminots en juin 1947. Cela concerne « la majorité de la minorité de la CGT, à Angers notamment » précise Raymond Patoux.[2]

 

Les minoritaires au niveau national organisent deux réunions à Paris qui aboutissent en décembre 1947 à la décision de scissionner. Raymond Patoux, qui a participé à ces réunions, aurait préféré une représentation des différentes tendances au sein de la CGT, d’autant plus qu’en Maine-et-Loire, il ne voit pas très bien quels avantages tirés de cette séparation puisque les minoritaires sont… majoritaires ! D’ailleurs, c’est elle qui conservera les locaux, les biens matériels et même, par décision de justice, les archives antérieures à la scission.[3]

 

Le 23 décembre 1947, les responsables de l’UD lancent un appel, « à tous les syndicats pour rejoindre la nouvelle confédération appelée provisoirement Force ouvrière »[4], mais il faut attendre le congrès constitutif le 13 juin 1948 pour que la naissance de l’UD CGT-Force ouvrière soit officialisée.

 

Manuella Noyer.

 

[1] Les partisans de Force ouvrière se réclament de l’esprit de la Charte d’Amiens, donc de l’indépendance syndicale. On y trouve aussi bien des socialistes, des anarchistes, etc.
[2] Entretien avec Raymond Patoux, le 18 mars 2003.
[3] Une décision de justice datant du 7 juin 1950 et confirmée par un rejet de pourvoi en cassation datant du 3 juin 1959, confie également à l’Union départementale CGT-Force ouvrière la conservation des archives antérieures à la scission.
[4] Archives personnelles de Raymond Patoux, notes écrites en vue d’un discours prononcé en 1987 à l’occasion des quarante ans de l’Union départementale CGT-Force ouvrière.

 

Une biographie de Raymond Patoux est disponible ici.

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 1er mars 2016.

 

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