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Laval : François Acambon, le pionnier

Le 2 avril 1936, quinze jours avant la victoire électorale du Front populaire, un homme s’éteignait à l’hôpital de Laval. Ce septuagénaire, malade et usé par les ans, avait donné toute son énergie au mouvement ouvrier et socialiste mayennais. Son nom : François Acambon (1862-1936). Retour sur ses premiers combats…

 

Natif d’Antrain (Ille-et-Vilaine), François Acambon, cloueur de son état, découvre au début des années 1880 la Mayenne, une terre de prédilection pour l’industrie de la chaussure, mais pas pour le syndicalisme. Ses efforts pour organiser les travailleurs restent longtemps vains. Il faut attendre le mois d’octobre 1900 pour que les plus téméraires d’entre eux franchissent le pas et se dressent contre « le patronat affameur ». Combien sont-ils ? 35…

 

Après les ardoisiers, les typographes, les gars du bâtiment ou ceux de l’industrie cotonnière, une nouvelle corporation émerge donc de la capitale mayennaise. De quoi animer la toute nouvelle bourse du travail de Laval, ouverte depuis une poignée de mois. La municipalité républicaine sortante en avait fait la promesse au mouvement syndical, accueillant même quatre « candidats ouvriers » sur sa liste, lors des élections municipales de mai 1900.

 

Qui pour prendre la tête de cette bourse du travail ? Les syndiqués songent bien vite à François Acambon. Mais cela déplaît fortement aux militants les plus engagés auprès de la municipalité républicaine. Acambon est accusé d’être un opportuniste cherchant à se placer, n’ayant en vue que son intérêt personnel.

 

Notre cloueur se défend, contre-attaque et emporte l’adhésion de la majorité des syndiqués. Le 1er janvier 1901, François Acambon devient ainsi le premier secrétaire de la bourse du travail lavalloise, et c’est à lui que revient la tâche de discourir lors de l’inauguration officielle du lieu en présence du sénateur-maire de Laval, le républicain Victor Boissel, qui ne devait guère apprécier de voir un « rouge » et non un partisan de la concorde sociale incarné le mouvement ouvrier lavallois. Il s’en souviendra en 1905 lorsque les syndicats jaunes tenteront de s’implanter dans sa ville.

 

Avec l’ouverture de la bourse du travail de Laval s’ouvre une nouvelle période de la vie militante de François Acambon. Il ne suffit plus de créer et faire vivre des syndicats ; il faut travailler à leur coordination et continuer coûte que coûte à « piocher les cerveaux » afin d’y faire éclore des désirs émancipateurs. Il n’y parvînt guère, les effectifs des syndicats adhérents de la bourse du travail ne dépassèrent guère les mille personnes.

 

Cette contribution doit beaucoup à Jacques Omnès, auteur d’une biographie de François Acambon pour le compte du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Qu’il en soit remercié.

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 17 septembre 2018.

 

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