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Les Mutuelles du Mans, juin 1971 : 35 jours pour rien

En juin 1971, les salariés des Mutuelles du Mans se lancent dans une grève illimitée. L’atmosphère enfiévrée de Mai 1968 se réinviterait-elle en dans la capitale sarthoise ? Certains le croient et l’espèrent, mais trente-cinq jours plus tard, l’heure est au désenchantement…

 

Le 4 juin 1971, les salariés votent à 60% la grève illimitée, suivant en cela la proposition de la CFDT, alors que la CGT et FO lui préféraient la grève perlée. Choix attendu car depuis plusieurs mois, la « grogne » parcourait les bureaux : avec l’inflation galopante, difficile de joindre les deux bouts ou de se projeter dans l’avenir ; et puis Mai 68 n’est pas loin, et chacun a en mémoire ces moments forts qui firent vaciller le pouvoir. Les revendications sont simples : une augmentation significative des salaires de 100 F comme première étape, avec l’objectif d’obtenir une grille unique de salaires avec un minimum mensuel porté à 1 000 F.

 

S’engage alors un long bras-de-fer avec une direction qui choisit de jouer la montre. Pour négocier, il faut être au moins deux, mais là, les syndicats se heurtent à un mur. Le problème de la hausse des prix, répond la direction, ne peut se régler au Mans, mais elle accepte de porter les revendications au niveau de sa fédération (FFSA) qui, prévient-elle, n’en fera rien puisqu’elle s’en tiendra certainement à l’accord national de décembre 1970 ; accord qui prévoit bien un rattrapage possible des salaires mais loin des 100 F demandés par les grévistes.

 

A la fin juin, les salariés rejettent les modestes propositions patronales, mais rapidement les grévistes sont contraints de revoir leurs revendications à la baisse. Puis, le 8 juillet 1971, par 1104 voix contre 720, ils décident de suspendre l’action. Un autre combat commence : résister à la contre-offensive de la direction qui compte supprimer des primes annuelles pour châtier les grévistes.

 

Pour la CGT, vient le temps de l’analyse de laquelle sortira une brochure soulignant les tensions existant entre les deux principales organisations ouvrières, CGT et CFDT. La première critique la seconde, lui reprochant de ne pas avoir bien évalué la puissance d’un adversaire par ailleurs soutenu par le gouvernement Pompidou, et ajoute : « Nous ne voguons pas au gré des vents », façon de lui reprocher sa perméabilité à l’esprit et aux pratiques gauchistes. La grève illimitée, écrit-elle, « c’est une guerre d’usure », et le patronat a prouvé qu’il y était mieux préparé que les salariés !  Le Mans ne fut donc pas le « Nanterre des travailleurs » comme l’a écrit Le Maine libre.

 

Source :

 

Syndicat CGT des Mutuelles du Mans, Juin 1971… 35 jours de grève aux Mutuelles du Mans. Réflexions sur une expérience, FNEC CGT, 1972, 44 p. (Archives CHT, fonds Haudebourg).

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 4 janvier 2022.

 

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