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"La capitaine" Marie Gaboriaud, communarde et vendéenne

Comme tant d’autres, Marie Gaboriaud fait partie de ces communeuses dont les historiens, trop souvent masculins, ont oublié les noms.

 

Née à Ardelay (près des Herbiers) dans une famille de petits paysans, Marie Augustine Gaboriaud (1835-1882) gagne Paris dans les années 1860 et y devient lingère. C’est là qu’elle rencontre et épouse Jules Chiffon (1822-1880), issu d’une famille de tailleurs de pierre de la Côte d'or.

 

Comment le couple vit-il la guerre, le siège et les balbutiements de la République ? On l'ignore. Nous savons seulement qu’à la veille de la proclamation de la Commune, le 28 mars, Jules est élu capitaine dans la Garde nationale.

 

La Commune proclamée, on sait que Marie participe à l’Union des Femmes pour la défense de Paris puisqu’on lui reproche ses actions d’ambulancière lors de son procès. Durant la Semaine sanglante (21 au 28 mai) de la répression versaillaise, elle est décrite comme « ceinte d’une écharpe rouge et armée d’un revolver (…) aux barricades du pont d’Austerlitz et du boulevard Mazas. (…) On l’appelait “la Capitaine”. » Les témoignages directs citant Marie viennent autant de Félix Pyat, de Prosper-Olivier Lissagaray que de Louise Michel.

 

Arrêtée, relaxée puis reprise, Marie est internée à la prison des Chantiers de Versailles où un photomontage d’Eugène Appert  la représente. Déférée devant le 4e conseil de guerre, condamnée  le 11 mai 1872 à vingt ans de travaux forcés, elle tient tête à ses juges : « Je vous défie de me condamner à mort ; vous êtes trop lâches pour me tuer ». Cette condamnation l’assimilait aux droits communs, destinée à être transportée au bagne et non déportée comme les détenus politiques. Elle passa une longue période à la prison d’Auberive (Haute-Marne) avec Louise Michel et Nathalie Lemel avant de partir sur L’Orne en mars 1874, au départ de Rochefort, et d’arriver à Nouméa en juillet.  Marie est autorisée « à rejoindre son époux », condamné en décembre 1871 à la déportation en enceinte fortifiée, venu avec le troisième convoi de forçats sur La Garonne en novembre 1872 et enfermé  à la presqu’île Ducos.

 

Marie et Jules bénéficient de l’amnistie partielle en 1879 mais l’année suivante, Jules est assassiné par un Canaque au service des frères Maristes. Astreinte à résidence, Marie pourrait rentrer en France après la loi d’amnistie, mais son compagnon disparu, elle préfère rester à Nouméa où on enregistre son décès à l’hôpital militaire le 14 janvier 1882.  Elle avait quarante-sept ans.Elle ne verra pas, comme elle avait espéré, « le jour de la justice ».

 

Contribution de Florence Regourd du CDHMOT (Centre de documentation sur l'histoire du mouvement ouvrier et du travail).

 

Sources :

 

Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Mouvement Social (Le Maitron).

 

C.Rey, A. Gayat, S. Pepino, Petit Dictionnaire des femmes de la Commune, éd. Le Bruit des Autres, 2013.

 

CDHMOT, Femmes et Militantes : 7 portraits de femmes engagées dans le combat social en Vendée, CDHMOT, 2016.

 

Roger Pérennès, Déportés et forçats de la Commune – De Belleville à Nouméa, Ouest Editions, 1991.

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 28 octobre 2016.

 

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