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Vendée 1917 : femmes travailleuses en grève

Millerand, solennel, avait prévenu : « Il n’y a plus ni droit ouvrier ni lois sociales, il n’y a plus que la Guerre ». Au nom de l’Union sacrée, pour ceux qui exposent leurs corps aux balles ennemies, l’Arrière doit se mobiliser et œuvrer sans relâche pour la Victoire que l’on assure imminente…

 

Mais voilà, Berlin est loin, si loin… que la guerre s’enlise et que les populations locales vivent de plus en plus mal les mauvaises nouvelles du front et les privations à l’arrière.

 

Sur la côte vendéenne, nombreuses sont les femmes à œuvrer dans les conserveries de poissons Cassegrain, Brunet, Gendreau ou encore Amieux. Leur nombre n’a fait que croître avec le départ pour le front des soudeurs, mais cela n’a pas permis pour autant aux dites usines de fonctionner à plein régime. Outre les difficultés d’approvisionnement (en charbon, en fer blanc, en huile…), la main d’œuvre qualifiée (ouvrière, technicienne, administrative) manque à l’appel et l’Armée n’entend pas dégarnir ses rangs au nom de la production de sardines à l’huile !

 

Et puis, il n’est guère facile de recruter… quand le poisson se vend aussi bien, pénurie oblige ! Il faut dire que les boîtes de singe sont bien moins appréciées dans les tranchées que les conserves de sardines à l’huile. La guerre, et donc les commandes d’Etat, enrichissent les conserveurs mais aussi les pêcheurs. Cette amélioration du niveau de vie des sardiniers a pour conséquence de détourner du chemin menant aux conserveries les épouses et filles de pêcheurs. Pourquoi trimer dur pour un salaire aussi ridicule ? Dans les usines, ne restent bien souvent que celles qui n’ont pas d’autre choix…

 

Dès 1915, des grèves sporadiques éclatent ça-et-là. Les ouvrières, souvent femmes de mobilisés, réclament des augmentations de salaire. En juin-juillet 1917, Sablaises et Gillocruciennes (habitantes de Saint-Gilles et de Croix-de-vie, communes alors indépendantes) cessent le travail et obtiennent rapidement entre 5 et 10 centimes d’augmentation par heure de travail. De par les circonstances, les femmes travailleuses sont devenues indispensables pour nourrir la machine de guerre.

 

Conserveries, filatures, tanneries, papeteries, imprimerie, chemins de fer, postes, sans oublier les champs… Elles sont « les remplaçantes » (sous-payées, évidemment !) dont on honore le courage et la vertu. Mais quand viendra l’heure du bilan, quand le mobilisé abandonnera enfin l’uniforme pour le bleu de travail, alors, pour beaucoup il faudra « rendre la place » et retourner vaquer à ses occupations domestiques.

 

Contribution du CHT sur une idée de Florence Regourd du CDHMOT Vendée.

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 30 juin 2017.

 

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