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Les Sables d'Olonne : la "guerre de la sardine" (1913)

Les relations entre marins-pêcheurs et usiniers ne sont pas des relations d’ouvriers à patrons mais de vendeurs à acheteurs, voire même, d’une certaine façon, de tâcherons à donneurs d’ordre. Des vendeurs à l’esprit grégaire qui savent s’unir pour défendre leur port, leurs coutumes, leurs intérêts et leur conception du métier. La « guerre de la sardine » qui secoue la cité sablaise avant-guerre en est illustration…

 

Dès la fin du 19e siècle, les sardiniers sablais comprennent qu’il leur faut s’organiser en syndicat s’ils veulent résister aux prétentions des usiniers. Leur combat est double : obtenir un tarif minimum pour la marchandise pêchée et, surtout, garder la main sur la façon dont le métier évolue.

 

Leur ennemi, c’est l’augmentation de la production, car celle-ci ne peut avoir comme conséquence que la baisse des prix. Les industriels n’en ont cure : ils ont besoin de matières premières pour faire tourner à plein les conserveries ! C’est pourquoi ils font pression sur les marins-pêcheurs pour qu’ils motorisent leurs embarcations et les dotent de filets plus efficaces.

 

Autre objet de discorde : « l’abonnement », autrement dit le fait que chaque pêcheur ait un acheteur attitré. Ce système est ambivalent : d’un côté le pêcheur est assuré de vendre sa marchandise, mais de l’autre, l’acheteur peut refuser la marchandise proposée au motif qu’elle ne lui convient pas voire tirer les prix vers le bas en fonction de la conjoncture. Bref, tout est affaire de rapport de force, et régulièrement, les quais sablais sont en émoi.

 

Au printemps 1913, la situation se tend à nouveau. Devant le refus des pêcheurs syndiqués d’investir dans des filets tournants, les entrepreneurs décrètent le lock-out : les usines ferment et les ouvrières, bien souvent femmes ou filles de pêcheurs, se retrouvent sans travail. Rapidement, le conseil permanent d’arbitrage (une création de 1909 pour régler les différends) se réunit et parvient à un compromis assez favorable aux pêcheurs puisqu’ils obtiennent la fin de l’abonnement et la fixation d’un tarif minimum pour le mille de sardines. Mais dès le mois d’août, les fabricants renient leur signature : l’abonnement, ils y tiennent ! Alors, en riposte, le 12 août, les bateaux restent à quai : c’est la grève, une grève-éclair de vingt-quatre heures, qui se termine là-encore par un compromis qui tient plus du cessez-le-feu que de l’armistice. Car dès 1914, le conflit renaîtra, toujours pour la même raison : la modernisation de la flottille sablaise, autrement dit l’industrialisation de la pêche artisanale...

 

Contribution de Florence Regourd du CDHMOT Vendée.

 

Sources :

 

CDHMOT, "1913: la guerre de la sardine en Vendée", Mémoire ouvrière, mémoire oubliée ?, Brochure n°5, 2018, 68 p. illustrées.

Pour commander ce travail, contactez le CDHMOT : cdhmot@orange.fr

 

Article initialement publié sur le blog du CHT le 1er février 2019.

 

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