Vertou 1912 : des indigènes aux Verreries mécaniques

La circulaire ministérielle reçue le 31 janvier 1914 par le Préfet de Loire-Atlantique a fixé l’enjeu. L’Indigène présent sur le territoire métropolitain doit garder un « souvenir reconnaissant des procédés dont on aura usé à [son] égard. Notre influence dans la grande colonie africaine ne pourra qu’y gagner »…

 

Cette circulaire est la conséquence d’un débat sur l’Afrique du nord ayant animé l’Assemblée nationale en décembre 1913. À l’issue de celui-ci, une commission est chargée d’enquêter sur les conditions de vie des indigènes en France. Il ne lui faut pas longtemps pour souligner rapidement que «  leur installation matérielle laisse souvent à désirer au point de vue de l’hygiène » ; c’est le constat émis par le sous-secrétaire d’Etat (ministère de l’Intérieur) dans la lettre qu’il adresse au préfet de Loire-Inférieure le 30 janvier 1914. Il ne lui demande pas d’enquêter mais de veiller à ce que « nos ouvriers algériens puissent emporter, en quittant la métropole, un souvenir reconnaissant des procédés dont on aura usé à leur égard. »

 

Qu’en est-il en Loire-Inférieure, territoire qui n’est pas « [tributaire], au double point de vue agricole et industriel, d’une importante main-d’œuvre étrangère » ? Les archives départementales ont conservé deux rapports susceptibles de nous éclairer. L’un, du 25 mars 1914, est dû à la plume de l’ingénieur des mines Leclerc qui s’est intéressé à la carrière de La Roche-Balue qui compte parmi ses employés trois Marocains, logés dans le hameau de la Guérinière, et se partageant une chambre de 18 m2, « louée à des particuliers », avec deux fenêtres donnant au nord et à l’est. Pour l’ingénieur, « ces conditions paraissent satisfaisantes eu égard aux ressources en logement qu’offre la contrée ».

 

Le second document a pour auteur l’inspecteur du travail Aupetit qui rend compte au préfet de la situation bien moins confortable de neuf Algériens et Marocains embauchés en 1912 par les Verreries mécaniques de l’Ouest (Vertou). Son courrier est daté du 4 janvier 1914, mais il y a sans nul doute erreur sur le mois puisqu’il répond à une sollicitation du préfet du 2 février et qu’il a été reçu (et dûment tamponné !) en préfecture six jours plus tard.

 

Qu’ont donc supporté ces malheureux, logés par l’employeur au sein même de l’usine ? Le rapport est accablant : « Les neuf ouvriers indigènes étaient logés dans une simple cabane de bois d’un cube d’air de 4x6x3=72 mètres cubes et couchaient sans drap sur des paillasses reposant sur le plancher de la cabane, une mise en demeure a été notifiée le 4 juillet 1912 (à la direction de l’usine) à l’effet de se conformer dans un délai de un mois aux prescriptions des articles 11, 3, 8, et 11 du décret ».

 

Ces prescriptions comprenaient « l’insuffisance du cube d’air de la cabane, la mise à disposition de chacun des ouvriers logés de la literie complète, l’installation d’un lavabo, la fourniture de serviettes individuelles et du savon », sans oublier « l’affichage du texte du décret et de l’arrêté ministériel du 13 août 1913 concernant la prophylaxie de la tuberculose ». L’entreprise s’est-elle mise en règle ? Les travaux ont-ils été effectués ? Le rapport n’en dit mot, tout juste informe-t-il le préfet que « le 23 janvier 1913, lors d’une autre inspection de la verrerie, les 9 indigènes ci-dessus avaient quitté l’établissement »…

 

Source :

 

Archives départementales de Loire-Atlantiques, ADLA 10 M 1 (Travail et main-d'oeuvre).

 

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Article publié le 1er novembre 2022.

 

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